1re Convention Européenne des artistes des arts visuels et plastiques

LE LIVRE BLANC

source = http://conventioneuropeennedesartsvisuels.eu/europe/


Introduction

Le rassemblement des artistes visuels qui travaillent et créent en Europe a été organisé à Paris, les 15 et 16 décembre 2008, sur fond de crise financière, dont chacun a reconnu le sens éthique et la cause morale.
Il fut particulièrement symbolique et fort, car nous voyons sous nos yeux se désintégrer les mécanismes, les artifices de la valorisation exclusivement vénale du marché international de l’art.

Qui pouvait situer dans le temps lors de la préparation de cette Convention la concomitance des périls systémiques qui ébranlent l’économie du monde avec la réflexion que nous voulons faire aboutir sur le thème des pratiques réelles et concrètes vécues par les artistes plasticiens dans l’exercice de leurs métiers.

C’est bien la couverture sociale et le régime de sécurité sociale, qui structure la condition de vie des artistes et au final, leur liberté de création. En effet, la protection sociale des créateurs dans nos arts devrait être un sujet majeur dans nos sociétés, où la consommation compulsive pour des objets très souvent virtuels va déboucher sur une impasse.

Cette période particulièrement préoccupante devrait nous obliger à bien des changements d’attitudes.
Nous en avons assez de la collusion indécente de l’argent et de l’absurde qui, l’orage passé, retournerait à la même ornière.
Il nous faut donc, tous ensemble, dès maintenant, oser libérer toutes les paroles et prendre le temps qu’il faudra pour redéfinir sereinement le sens de l’art dans sa nature même.
Nous devons rappeler, quitte à hausser le ton, que l’art s’incarne dans des disciplines professionnelles ; qu’elles ont toutes, droit de cité, des plus classiques jusqu’aux plus expérimentales.
Ces disciplines ont une grammaire et un vocabulaire qui permettent d’articuler les questions sur l’être humain, sur l’Homme en face de lui-même, et de sa responsabilité sur la terre.
En effet, le degré de vitalité des arts est certainement le marqueur d’une société qui cultive et renforce ses chances de pérennité et, nous avons, nous les artistes, le devoir de cultiver ces médiums vitaux par tous les moyens.
D’abord par l’instinct de notre survie de créateur mais aussi sur un mode désintéressé pour le bien de nos sociétés, c’est une mission implicite d’authenticité et de vérité face à nous même puis vers les autres. Elle nous commande une exigence pour soi et la tolérance collective qui en découle.

Nous nous sommes réunis car nous voulons poursuivre au sein de l’espace communautaire, l’histoire de l’Europe telle qu’elle est avec ses peuples, ses cultures, ses passions et qui est depuis toujours celle des artistes du concept et de la forme, celle des incessantes migrations des artistes sur tout le continent.
Rappelons nous, les Phares de Baudelaire pour nous convaincre que « cet ardent sanglot qui roule d’âge en âge »...« ce cri répété par mille sentinelles », nous le poussons encore ici - et qu’il faut savoir que nous ne nous tairons jamais.
Certainement, nous n’avons pas besoin des mots pour nous comprendre et nous connaître. Nos oeuvres nous en disent assez de nous même et les uns aux autres, pour savoir où sont nos pairs.
Dans cette période extrêmement grave pour les peuples du monde, nous savons tous que nous avons besoin de nous retrouver sur les valeurs bien réelles de l’artiste, de sa place clef dans la société.
Nous avons à affirmer, sans relâche, pour qu’on nous entende, la fertilité de toutes les diversités des expressions, car cette diversité est la vraie richesse durable.

Nous voulons tous que les pouvoirs publics reconnaissent et acceptent ces diversités, qu’ils n’en aient pas peur, et surtout qu’ils contribuent dignement à les faire vivre et prospérer sans se laisser envahir par les lois inhumaines et les experts des duperies spéculatives.
La condition de vie des artistes est la condition de la renaissance que nous pressentons et que nous avons identifiée ensemble en initiant de vraies pistes.

Voici l’état des lieux, le catalogue des différences et des similitudes, puis un manifeste commun des artistes d’Europe que nous avons élaboré.
Notre projet est une sorte de loi cadre que chaque artiste va pouvoir promouvoir dans son pays et devant son gouvernement pour faire avancer nos revendications communes.

Nous avons proposé une méthode opératoire pragmatique afin de comparer les statuts sociaux des artistes en Europe et nous publions, à la suite de notre Convention, sous la forme de ce Livre blanc, les actes de nos travaux qui mettent en évidence les convergences sur la condition de l’artiste dans chacun des Etats membres : bien entendu, ces contributions ont un éclat revendicatif.
Nous avons écarté la parole des experts, des spécialistes, des commissaires.
Nous n’avons souhaité que la parole des artistes et de leurs représentants légitimes et élus. Car nous sommes les citoyens responsables de démocraties confirmées et nous sommes à priori les mieux placés pour parler librement de la réalité de nos métiers.
En effet, nous inscrivons ce projet commun des artistes d’Europe tout naturellement dans le courant du désir partagé des artistes qui veulent reprendre en main leur destin collectif, en anticipant des décisions politiques et administratives.
J’insiste, l’Europe de la Culture, implique les artistes visuels et leur engagement, elle est par sa nature, historique et actuelle, le naturel professionnel des artistes plasticiens.
Une Europe à la recherche d’une cohésion institutionnelle qui, par obsession technocratique, négligerait ses artistes, eux, si proches de l’unité recherchée, cette Europe-là se tromperait de route.
Cette assemblée, qui était réunie au Centre Pompidou, est une première par son ambition. Elle préfigure peut-être une prise de conscience car l’Europe doit se faire avec ses citoyens, avec ses artistes par les sensibilités culturelles de ses peuples, pour une Europe des artistes qui s’engage dans l’action solidaire.
Une Union Européenne des artistes qui sait la valeur des droits conquis et qui entend les communiquer aux autres plutôt que de se servir des frontières dans une perspective égoïste.
Il ne s’agit pas, pour nous, artistes visuels, de faire d’une « l’Europe des artistes », un espace social privilégié, en campant sur nos frontières corporatistes, mais, il faut nous battre tous ensemble, car nous savons tous, objectivement que si nous ne défendons pas collectivement le statut de l’artiste en Europe, il y a de fortes chances qu’il ne progresse pas ailleurs, qu’il régresse ou même qu’il disparaisse.

Enfin, je fais le vœux que ce chemin ouvert nous engage à rester unis et à faire naître ou renaître, avec nos différences, une Europe des arts, qui soit solidaire avec tous les artistes de la terre.

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Les Artistes Européens revendiquent l’Union

Réunis en convention, fin décembre dernier à Beaubourg, les délégués des artistes visuels de l’U.E. ont débattu de leur statut social et mis en cause « les artifices d’une valorisation exclusivement vénale des oeuvres ».

C’était le dernier événement culturel de la présidence française de l’Union en 2008, très officiellement patronné par Nicolas Sarkozy et Hans-Gert Pöttering Président du Parlement européen : les artistes plasticiens des pays de l’Union Européenne, ont pendant deux jours passé au crible les disparités de leurs régimes sociaux. D’emblée, dans les sous-sols du Centre Pompidou, à l’invitation de sa directrice Agnès Saal, le ton était donné par Rémy Aron, président de la Maison des Artistes, structure à l’origine du colloque, dénonçant la nocivité « des experts en duperies spéculatives », réclamant « une charte commune des artistes en Europe » contre « la collusion indécente de l’argent et de l’absurde ». Olivier Kaeppelin, le Délégué aux Arts Plastiques du Ministère de la Culture, a, quant à lui, valorisé « l’oeuvre et l’artiste dans la durée, ceux qui pensent la forme n’ayant pas l’écoute nécessaire dans les sociétés, pour comprendre le monde en crise », suggérant la mise en place d’une « rémunération du travail de l’artiste, en tant que tel, indépendamment du marché ».

Pendant de longues heures, les délégations ont enchaîné les communications et procédé à une revue de détails des systèmes appliqués dans chaque pays, faisant apparaître d’immenses disparités, souvent ressenties comme des marques d’injustice. Un catalogue contrasté qui a contribué à orienter les participants vers un mode plus revendicatif, les « artistes de la forme » voulant s’unir, valoriser leurs professions, dans la diversité, s’entendant à dénoncer l’esprit de « consommation compulsive pour des objets souvent virtuels ». Un pessimisme offensif que devait, dans son intervention, s’employer à nuancer Roger Karoutchi, secrétaire d’Etat chargé des Relations avec le Parlement, venu pour le gouvernement soutenir l’institution Maison des Artistes. Un livre blanc sera publié dans les prochaines semaines, qui reprendra les propositions de la convention et formalisera une ébauche de loi-cadre fixant des normes sociales et fiscales.

Une réception officielle, à l’invitation de Christine Albanel, ministre de la Culture, a rassemblé, dans les salons de la rue de Valois, les représentants des organisations professionnelles et des salons nationaux, en l’honneur des délégués. Jean-François Hebert, directeur de cabinet de la ministre, a salué les travaux de la convention et apporté les encouragements de l’Etat. Sur la promesse « d’ouvrir l’Europe des artistes solidaires aux nouvelles perspectives de l’Union pour la Méditerranée », 600 artistes ont participé à une fête de clôture orchestrée dans les espaces de l’UNESCO, en présence de M. Dominique Antoine, conseiller pour l’éducation et la culture du président de la République.

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Trois sortes de reconnaissance professionnelle

  • La reconnaissance de l’artiste par la formation : l’artiste doit recevoir une formation initiale ou préalable à son activité professionnelle afin d’être considéré comme un professionnel et être couvert par la sécurité sociale.
  • La reconnaissance de l’artiste par ses pairs : l’artiste doit préparer un dossier afin de montrer l’effectivité de son activité professionnelle. Ce dossier est examiné par ses pairs qui décident alors d’accorder la protection sociale à l’artiste des arts visuels.
  • La reconnaissance de l’artiste par une décision de l’administration : l’artiste est soumis à un certain nombre de conditions afin d’être protégé socialement. Ces conditions portent souvent sur une inscription préalable et sur les revenus de l’artiste. L’administration va en effet exiger qu’il atteigne un certain seuil de revenus avant de lui accorder une protection sociale.

Chaque pays ne recourt pas forcément qu’à une seule de ces reconnaissances professionnelles. En effet, il est possible que les critères exigés pour obtenir une couverture sociale soient à la fois référents à la formation et à la reconnaissance du travail par les pairs. La professionnalité peut également dépendre conjointement de la reconnaissance par les pairs et par l’administration.

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Appréciation des critères de professionnalité

Chaque pays de l’Union Européenne a mis en place un certain nombre de critères afin d’établir une distinction entre les artistes professionnels et les artistes amateurs.

Cette définition est fondamentale puisqu’elle permet de délimiter le champ d’application du régime de protection sociale prévu pour les artistes des arts visuels. Autrement dit, les critères de professionnalité mis en place dans un pays conditionnent l’accès de l’artiste à sa couverture sociale.

Examinons la répartition des pays. Nous observons que dans la majorité des pays de l’Union européenne, la reconnaissance se fait par les pairs de l’artiste. Celui-ci doit ainsi réunir dans un dossier l’ensemble des éléments qui prouveront l’effectivité de son activité. La formation reçue par l’artiste est également un critère fondamental retenu pour attribuer à l’artiste visuel une protection sociale.

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Analyse de la couverture sociale de l’artiste des arts visuels

Dans la majorité des pays de l’Union européenne, la singularité de l’activité de l’artiste n’est pas prise en compte dans l’élaboration du régime de protection sociale de l’artiste des arts visuels. Ceux-ci ont le plus souvent une couverture sociale générale qui est à l’image de celle dont dispose tout autre citoyen du pays.

Seuls certains pays ont donc institué un régime comportant quelques points particuliers. En effet, ces quelques pays ont fait le choix de tenir plus ou moins compte de la singularité de la profession d’artistes des arts visuels en instaurant un certain nombre de dispositions particulières.

La prise en compte de la singularité de l’activité d’artiste dans l’élaboration du régime social n’est pas suffisante pour améliorer les conditions de vie dans lesquelles l’artiste exerce son métier. En effet, dans certains pays qui ne prévoient aucun mécanisme juridique particulier en matière de sécurité sociale, les artistes peuvent vivre plus aisément de leur activité puisqu’au niveau local, une dynamique de terrain leur permet de diffuser plus largement leur travail. Dès lors, il existerait deux axes pour permettre de favoriser les conditions de création de l’artiste plasticien.

  • La première possibilité est de tenir compte de la spécificité du métier d’artiste en mettant au point un régime de sécurité sociale particulier et adapté à la singularité de l’activité de l’artiste.
  • La seconde possibilité est d’agir directement sur le terrain, en développant par une diversité de propositions artistiques, l’accès à la culture et aux oeuvres. Cette technique de dynamisation permettrait alors à l’artiste d’accéder plus aisément à l’exposition et à la vente de ses oeuvres. Arrivant ainsi à vivre de son travail d’artiste, celui-ci peut alors être protégé par une couverture sociale plus standardisée.
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